GLOSSAIRE SOMMAIRE * **

Axiomatisation

Épistémologie de la géographie

L'espace est un problème pour les sociétés dans la mesure où il existe une " distance " entre les objets sociaux. Cette distance est contradictoire avec la maximisation de l'interaction sociale. Il existe quatre grands repères extrêmes entre lesquels se situent les distances possibles: l'enclavement, la co-présence, la mobilité et l'ubiquité. Les trois derniers sont les trois principaux moyens de lutte contre la distance. Echelle , métrique et substance sont les trois attributs essentiels d'un espace (" espace géographique "). Il existe une infinité d'échelles de métriques et de substances. Il existe deux bornes aux échelles: l'échelle individuelle de contact et l'échelle mondiale. Il existe deux grands types de métriques: topographiques (" territoire ") et topologiques (" réseau ") Il n'est pas d'espace sans substance; il n'est pas de substance sans espace. Il existe deux grands types de substances: sociales et sociétales. Un chorotype (ou configuration spatiale) est un ensemble de trois attributs (échelle, métrique, substance) du même objet social. On appelle " lieu " un chorotype au sein duquel le concept de distance n'est pas pertinent. Tout ensemble de lieux (aire) comprend plusieurs chorotypes: on dit qu'il possède une interspatialité. Dans une société, les acteurs spatiaux utilisent leurs capitaux spatiaux pour poursuivre des stratégies spatiales. Au sein d'un géotype, les relations entre métriques peuvent être saillantes ou prégnantes. On appellera "locale " la plus petite échelle dont la substance peut être une société. On appellera "localité " un géotype correspondant à une société locale. " Jacques Lévy ". L'espace légitime; 1994

Acteur

Réalité sociale* dotée de la capacité d'action propre (opérateur), autonome (agent) et possédant une compétence intentionnelle large, stratégique, lui permettant de tenter avec une part de succès, de mettre en coïncidence les effets de ses actions avec les objectifs qu'il a été capable d'exprimer. Les autres grands types d'opérateurs dans les sociétés sont les objets, les organisations et les agents (privés d'intentionnalité stratégique). Les acteurs peuvent être des individus ou des collectifs. La dimension spatiale* des acteurs s'affirment par des stratégies spatiales (d'habitat, de mobilité...) rendues possibles par la constitution et la mobilisation d'un "capital spatial", qui peut-être échangé, selon certaines modalités, avec d'autres "capitaux sociaux".

 

Aire

Ensemble de lieux*, séparés par des distances* non nulles.

Bifurcation

Inflexion profonde et rapide, toutes choses égales par ailleurs, dans la dynamique d'un système*.

chorèmes

L'emploi des " modèles " en science est une affaire sérieuse. Il a commencé à fertiliser la géographie. Curieusement, c'est moins par la représentation graphique que par la formalisation mathématique qu'il s'y est introduit. C'est, en tout cas, bien plus à des considérations de géographie générale qu'à des préoccupations de géographie régionale que se réfèrent leurs utilisateurs.[...] Tout l'intérêt des modèles est bien de confronter "le cas " à la "loi ", que l'on cherche surtout à comprendre le cas, ou que l'on cherche à fonder la loi (" axiomatisation "). [...] J'ai suggéré naguère une approche fondée sur les modèles graphiques, et proposé le concept de chorème, qui commence à se diffuser. Un chorème est une structure élémentaire de l'espace, qui se représente par un modèle graphique.[...] Modéliser un espace revient à rechercher ses structures et ses dynamiques fondamentales. Ce n'est ni résumer, ni généraliser, c'est à dire poncer peu à peu les aspérités jusqu'à produire une figure géométrique. [...] Toute configuration spatiale relève de la " combinaison " éventuellement très complexe de mécanismes simples. Ceux -ci correspondent aux solutions que trouvent les sociétés à des problèmes de maîtrise de l'espace.[...] Ces configurations se comprennent par le jeu( la combinatoire) de quelques structures élémentaires. Les formes de représentation de celles-ci sont les formes de base de toute représentation cartographique: point, ligne, aire, réseau. " Roger Brunet "; Mappemonde,4, 1986

corrélats: " l’interaction spatiale ", " distance "." l’espace géographique ".

Centre Européen.

 [Le Coeur* européen élargi à d'autres espaces* réticulaires* (métropoles nordiques, Madrid, Roms) et territoriaux* (sud de la Scandinavie, Catalogne, Bavière, Autriche). Cet espace forme le niveau supérieur de la centralité du développement en Europe.]

Centre/Périphérie

Modèle géographique* (à la différence de la conception d'origine dans laquelle l'espace à une signification seulement métaphorique) rendant compte des inégalités de développement, de manière fonctionnelle et dynamique. Ce modèle permet notamment de classer les types d'évolution en fonction du caractère négatif ou positif des rétroactions de l'échange entre centres et périphéries. Les espaces correspondant à ce modèle sont à dominante réticulaire*.

Chorotype

Configuration spatiale* élémentaire comprenant une échelle*, une métrique* et une substance*.

 

 

 

Communauté

(adj. : communautaire). Synonyme : Gemeinschaft. Groupe non choisi, auquel les individus délèguent leur destinée personnelle de manière automatique, globale et irréversible. Les communautés qu'on peut rencontrer dans les différentes sociétés reposent sur cinq principes d'identité (biologique, territorial, divin, étatique et monétaire), utilisés seuls ou en combinaison. Les lieux définis par une identité communautaire sont, tendanciellement, séparés entre eux par de distances infinies.

Confins

Limite de type topographique, sans discontinuité, entre deux espaces*. Des confins constituent une aire*-limite, non aisément attribuable à l'un ou à l'autre des espaces concernés.

Distance

Avec le système de repérage (en latitude et en longitude) qui permet de localiser les lieux, la distance est une des propriétés fondamentales de l'espace géographique (" espace géographique "), qui dans une définition minimale, peut être considéré comme un ensemble de " lieu " (ou objets localisés) muni d'une distance entre ces lieux.[...] La distance permet de définir les situations géographiques des objets les uns par rapport aux autres. Elle contribue essentiellement à définir l'accessibilité, par un indice qui est la somme des distances d'un lieu à tous les autres, chaque distance étant pondérée par le coût ou le temps de parcours sur chacune des voies. La distance est ainsi à la base de l'analyse des localisations (" localisation ") et elle entre comme principal attribut des lieux dans de nombreux modèles (" modèles "). Le compromis entre le désir d'accessibilité à un lieu pour en utiliser les ressources et l'effort nécessaire au franchissement de la distance à parcourir pour l'atteindre détermine une portée maximale des activités. A son tour, la combinaison de ces portées engendre un espacement caractéristique entre les lieux exerçant de manière concurrente le même type d'activités. C'est ainsi que la théorie des lieux centraux explique la régularité de l'espacement des villes.[...] L'effet dissuasif de la distance sur les déplacements a pour conséquence la formation de gradients d'intensité décroissante.

" Denise Pumain " Le concept de distance in: Autrement dit géographiques; CNDP 1992 corrélat: " analyse spatiale "

Distance

Dans une étendue (cadre abstrait permettant de repérer et d'isoler des réalités distinctes), la distance est un ensemble d'attributs, d'informations caractéristiques d'un phénomène, d'une réalité, en fonction du degré de séparation qu'il/elle entretient avec d'autres phénomènes. La valeur de la distance séparant deux phénomènes varie entre deux bornes, l'enclavement (distance infinie) et la coprésence (distance nulle). Dans les sociétés, cette séparation, cet écart (contraire de contact) constituent un obstacle à l'interaction entre les différents éléments constitutifs de la société. Utilisée comme concept (et non comme métaphore) dans les sciences sociales*, la distance, qui peut-être matérielle ou immatérielle, est toujours nécessairement à la fois spatiale* (c'est le fondement même de l'idée d'espace) et sociale (puisque l'on s'intéresse à des phénomènes de société).

Dorsale européenne

[Partie du Centre* européen qui correspond à un réseau de villes* et à un territoire à fortes densités entre le sud de l'Angleterre et le nord de l'Italie. Synonyme : "Banane bleue".]

 

Echelle

(adj. : scalaire). Seuil par lequel on bascule, dans un espace* donné, d'un lieu* à une aire*. Par exemple, le seuil intra-urbain/inter-urbain permet d'opposer la ville* comme aire* (intra-urbain) à la ville comme lieu* au sein d'une aire comprenant plusieurs villes. La délimitation des échelles (et des échelons ou niveaux qu'elle engendre) dépend des caractéristiques de l'espace*, notamment de la substance* de ses phénomènes et des métriques qui les relient. Il n'existe pas de seuils absolus valables pour toute configuration spatiale. En l'absence de précision, les échelles "locale", "régionale", "nationale", "continentale", "mondiale" s'appliquent à des réalités de substance* sociétales*. (En géographie et dans les autres sciences sociales, la notion d'échelle est totalement indépendante de celle de cartographie. Une grande échelle géographique implique un seuil lieu/aire élevé, donc un vaste espace. Une grande échelle cartographique correspond à un facteur de réduction faible, ce qui ne préjuge ni de la taille de l'espace de référence, ni même de celle de la carte).

Espace géographique

Chaque point de l'espace géographique se localise à la surface de la Terre. Cet espace est également un espace différencié. Tout élément de l'espace, toute forme de paysage sont, du fait de leur " localisation " et du jeu des combinaisons qui préside à leur évolution des phénomènes uniques que l'on ne retrouve jamais strictement semblables ailleurs ni à un autre moment. Cette différenciation de l'espace peut, dans une vision sommaire, paraître incompatible avec la notion d'homogénéité de l'espace; il n'en est rien. L'homogénéité est la conséquence, on le verra plus loin, de la répétition d'un certain nombre de formes, d'un jeu de combinaisons qui se reproduisent semblables bien que non parfaitement identiques sur une certaine surface.[...] Cependant le géographe qui analyse l'espace localisé et différencié, tout en montrant ce qui constitue l'originalité de son domaine, s'efforce en même temps de dégager les éléments de comparaison permettant le regroupement des principales données, des formes, des systèmes et des processus en grandes familles Pour l'établissement des corrélations, pour la détermination des interrelations, pour chiffrer certains volumes, l'usage des mathématiques (" analyse quantitative ") est, et apparaît de plus en plus nécessaire. Cet emploi exige des données qui soient à la fois localisables, précises et comparables.[...] L'analyse de l'homogénéité de l'espace ne devient éclairante que si elle fait appel à la notion d'échelle (" échelles "), de taxonomie des phénomènes. Elle implique l'étude d'aires d'extension des formes et des systèmes, et par voie de conséquences des processus qui les engendrent[...] L'analyse de tout espace géographique, de tout élément intervenant dans sa composition, de toute combinaison de processus agissant dans et sur l'espace ne devient intelligible que si elle se fait à l'intérieur d'un système d'échelles de grandeur.[...] A partir du classement selon l'échelle des phénomènes, il est possible de voir comment se nouent les combinaisons (" combinaison ") et d'analyser le rôle des processus en fonction du temps et de la dimension. L'analyse d'un paysage agraire demande de le situer dans une zone climatique, un climat régional, de voir les nuances éventuelles dues à un climat local qui favorisent ou défavorisent telle ou telle activité agricole. Mais il faut savoir à quel type de sociétés appartiennent les hommes qui le façonnent et l'ont façonné.... " Olivier Dollfus ": L'espace géographique, 1971

Espace

 (adj. : spatial). Ensemble des relations que la distance* établit entre différentes réalités. Selon la valeur de cette distance, on peut distinguer les lieux* et les aires*. Un espace aussi élémentaire soit-il, se caractérise au moins par trois attributs : l'échelle*, la métrique*, la substance*.

Etendue

Cadre abstrait permettant de représenter et d'isoler des réalités distinctes. L'étendue est un outil de comparaison et de mesure et diffère de l'espace* par son absence de substance*. Ses échelles* et ses métriques* sont donc purement conventionnelles. C'est une notion à utiliser avec circonspection. Une étendue donnée, considérée comme vaste selon une métrique* euclidienne (beaucoup de kilomètres carrés) peu correspondre selon la problématique posée, à un petit espace (peu d'habitants, peu d'objets complexes, peu de relations entre habitants et objets) tout autant qu'à un grand (beaucoup de terres agricoles, beaucoup de ressources fossiles).

Frontière

Limite linéaire, de type topologique, entre deux espaces, ayant pour effet un basculement brutal d'un espace* à l'autre.

Géographie

Science qui étudie la dimension spatiale* du social*, l'espace des sociétés*.

Géographie analytique

Démarche consistant à étudier les réalités géographiques* en privilégiant l'analyse de leurs caractéristiques spatiales* élémentaires (métrique*, échelle*, substance*) et en les composant au travers de chorotypes* (configurations). Exemple : l'étude de rapport centre/périphérie* à toutes les échelles. NB. Le courant de pensée appelé en France "analyse spatiale" relève le plus souvent de la géographie analytique. Cependant les travaux qui s'en réclament ont souvent mis l'accent sur les métriques (à travers, par exemple, les "tables des chorèmes") et se sont peu intéressés aux échelles et aux substances.

Géographie synthétique

Démarche consistant à étudier les réalités géographiques* en recherchant la cohérence d'objets spatiaux* singulier. Ces objets peuvent être des lieux* uniques (les " géons ", qui sont désignés par un nom propre) ou génériques (une " série " limitée d'objets ayant des caractéristiques communes fortes). L'enjeu de telles études se trouve dans la capacité à penser le singulier, c'est à dire non seulement à évaluer les différences ente l'objet étudié et d'autres, comparables, mais à construire les logiques propres à cet objet en relation avec les autres espaces. Exemple : la géographie de l'Europe. La géographie synthétique contemporaine est fort éloignée de la " géographie régionale " classique, fondée sur la description de particularismes incommensurables.

Géographie thématique

Démarche consistant à étudier les réalités géographiques* en s'intéressant à la relation entre les espaces* et des substances* non-spatiales. Ces " thèmes " supposent, pour devenir des objets d'étude significatifs de comporter des questionnements complexes (ceux d'une discipline des sciences sociales comme l'économie ou la science politique), en tout cas problématisé. Exemple : la géohistoire de l'Ancien Monde. Les associations non élaborées entre une réalité empirique (les routes, l'eau, le tourismeŠ)et une espace, qui ont longtemps caractérisé la " géographie générale " classique, tendent à sortir du champ de la géographie thématique.

Géopolitique

Dimension spatiale* des relations entre États. Ces relations sont régulées, en dernier ressort, par la violence. L'espace géopolitique habituel est le pays*. En dépit des apparences, les espaces de la géopolitique sont bien différents de ceux du politique, dans laquelle la légitimité constitue le principe régulateur.

Géosystème

Si la géographie physique doit être autre chose que l'immanence d'un état d'esprit, elle doit s'élever jusqu'à la conception d'une méthode dure [...] La méthode ne peut pas être univoque. Elle est prise dans un faisceau de jeux dialectiques: géographie générale et géographie physique, géographie humaine et géographie physique, géographie physique et études sectorielles, sciences sociales et sciences naturelles, écologie et géographie physique enfin. Ce dispositif multidimensionnel implique une méthode de la complexité qui ne peut être que l'analyse de " système ".[...] Le géosystème est l'objet de la géographie physique. C'est un concept naturaliste dont la finalité est de comprendre la structure et le fonctionnement du système géographique naturel (" milieu physique "). C'est une certaine échelle d'espace et de temps, un volume d'" espace géographique " qui corresponde à une organisation structurale et à un fonctionnement autonome. C'est une facette de l'interface géographique où s'interpénètrent et interagissent la lithomasse, l'hydromasse et la biomasse (y compris les impacts d'origine anthropique) (" anthropisation "). [...] La géomorphologie, l'hydrologie, la climatologie, et la biogéographie constituent des sous-systèmes plus ou moins autonomes les uns par rapport aux autres. Chaque sous-système garde ses caractères et ses finalités propres mais il doit obligatoirement s'y ajouter des recherches spécifiques sur le rôle et la place de chaque spécialité dans le fonctionnement du géosystème et vice-versa. C'est ce jeu de va-et-vient entre le centre et la périphérie qui assure à l'ensemble, et plus particulièrement aux-systèmes, leur dimension géographique, ce qui fait tant défaut à la géographie physique classique.

" Georges Bertrand ", 1982.

Géotype

Situation spatiale* complexe associant et combinant plusieurs chorotypes*.

Gradient

Dans un territoire*, variation non discrète (sans discontinuité) d'un attribut. Un gradient fait changer sous forme de dégradé éventuellement imperceptible, l'attribut considéré, lorsque l'on passe d'un lieu* à un autre.

Horizont

 Territoire* limité par des confins*.

Lieu

Comme espace ou " territoire ", voilà un terme bien souvent utilisé sans trop d'interrogation. Très mou, le concept remplit assez bien son rôle de colmateur des brèches de raisonnement. En quelles occasions? Dans une utilisation a minima, il sert à localiser ( " localisation " ). De plus, le travail empirique des sciences sociales (mais pas seulement) ne peut s'affranchir de ce repère pour allouer et mesurer. Mais avec le lieu, c'est aussi une échelle (" échelles ") implicite et mal définie de l'observation qui est fixée bien que des tailles très variées d'objets ressortissent du même concept. Le spectaculaire retour du local, au cours des années 80, nous le rappelle quand les proximités auxquelles il était fait appel s'appuyaient sur des solidarités de fondements très divers: la dimension du lieu change avec celle du référent. [...] Un moment de progrès de la géographie contemporaine a privilégié l'effet d'échelle ( " échelles " ). Et dans l'ambiance taxonomique (" typologie ") héritée d'une période marquée par les sciences de la nature, des paliers d'ordre de grandeur ont servi à fixer des qualités d'objets. Des nomenclatures ont même été établies de la parcelle au monde en passant par le pays ou la province... selon des principes spécifiques d'unité. Le lieu ou l'échelle locale sont-ils limités par la taille? Dans l'univers, la terre est elle-même un lieu. Que valent alors les emboîtements d'échelles dont les géographes ont traité avec gourmandise croyant trouver là, une ligne de raisonnement faisant leur spécificité: la mise en évidence des contraintes du grand ou de l'englobant sur le plus petit.[...] Là se présente une aporie d'un certain raisonnement géographique, celui qui est exclusivement fondé sur la recherche de la limite pour le découpage et qui tente le rapprochement de phénomènes différents dans des cadres unifiés par paliers.[...] La géographie a pour but de marquer l'unité et la différence par l'assemblage des lieux. Mais le concept central est resté flou. Il a semblé possible de régler le problème par l'échelle. Pourtant, le lieu ne ressortit pas d'une dimension mais d'une propriété: l'annulation des distances (" distance "). Cette définition en compréhension rend impérieuse une réflexion sur la métrique. Ainsi se pose, à l'heure de l'espace virtuel, la question de la persistance ou non du processus d'identification par un ancrage qui donne l'illusion de la permanence si finalement le monde n'est plus qu'un hyper-lieu. Peut-être pouvons-nous retenir qu'une identité se prend et se construit, prison lorsque prime l'opération de découpage, liberté lorsque la relation est privilégiée.

" Denis Retaillé ". corrélat: " axiomatisation "

Lieu

Espace* où l'on considère, par hypothèse, que la distance* séparant les différents phénomènes qui le composent est nulles. Dans un lieu (ou plus précisément : pour autant qu'un espace* peut-être considéré comme un lieu), la position relative des phénomènes les uns par rapport aux autres perd toute signification. Plus le nombre de phénomènes est grand, plus le fait de "faire lieu" prend de l'importance. Lorsque le lieu est une société*, la suppression des distances internes est, plus ou moins efficacement, obtenue à l'aide d'instruments spécifiques : cadres éthiques et juridiques communs, contrôle policier et réseau dense, territorialité politique.

Médiance

Dans la mesure où on la définit comme le sens d'un milieu, la médiance est une notion plutôt spatiale. En effet, c'est d'abord dans l'espace, par exemple comme " paysage ", que s'exprime la relation d'une société à son " environnement ". Or, en termes d'espace, l'assimilation d'une chose à une autre ne peut être que métaphorique. [...] Le point de vue de la médiance consiste à penser que les assimilations subjectives (les métaphores) et les assimilations objectives (les métabolismes) ne relèvent pas d'ordres irréductibles , tels que l'esprit d'une part et la matière de l'autre, mais d'un même principe de transformation générale, qu'elles expriment à des échelles de temps différentes. Que, de ce fait, ces assimilations au pas différent peuvent, à la longue, s'influencer réciproquement et se combiner selon un certain sens, empreint d'une certaine logique: une médiance, où le subjectif et l'objectif, le sensible et le factuel s'interpénètrent, s'entre-composent pour constituer une même réalité.[...] Du point de vue de la médiance, la réalité se construit, au cours de l'histoire, par trajection du sensible et du factuel dans le sens d'un certain milieu. Elle est empreinte de ce sens ( de cette médiance), qu'elle exprime notamment par des paysages.[...] du point de vue de la médiance, en effet, la société n'est pas seule à construire la réalité, sa réalité, laquelle serait alors, ipso facto, seulement phénoménale. Inversement, la réalité n'est pas qu'une donnée physique, que les sociétés devraient seulement apprendre à reconnaître, elle s'élabore, au cours de l'histoire, dans un processus mésologique où le social intervient largement. Il y a donc bien constitution progressive de la réalité; mais constitution propre à un milieu, écologique et symbolique à la fois.

" Augustin Berque "; Médiance, de milieux en paysages,1990

corrélats: " Relation nature société "; " représentation "; " milieu physique "

Métrique

Mode de mesure de la distance*. La mesure "euclidienne" (en mètres ou en kilomètres) n'est qu'une métrique -conventionnelle- parmi d'autres. La notion de distance n'a de sens que dotée d'une métrique capable d'exprimée les spécificité de la substance des réalités spatiales*. Exemples : distances-coûts, distance-temps, qui contiennent elles mêmes de nombreuses métrique. On peut regrouper les métriques en familles, l'opposition territoire/réseau étant le plus efficace.

Modèle

Expression compacte d'un énoncé théorique. Un modèle peut-être exprimé dans un langage quelconque, verbal, graphique, mathématique ou autre. L'économie discursive apportée par un modèle est la facilité de son application à des objets empirique exige, en contrepartie, que sa signification soit aussi explicite que possible et ne souffre aucune ambiguïté. D'où les problèmes engendré par les polysémies du langage verbal ou les " effets de réalité " indésirables des modèles cartographiques. La maîtrise des langages utilisés s’avère donc plus indispensable encore dans le cas des modèles. Enfin les modèles sont des objets aisément isolables dont le transfert analogique à d'autres cadres problématiques doit impérativement être contrôlé sous peine de créer des monstres épistémologiques.

Milieu physique

Les milieux physiques dans lesquels se déroule la vie humaine sont des entités distinctes, des ensembles présentant une certaine homogénéité du point de vue de leur aspect visible (les "paysages naturels" " paysage " traduisent et expriment les milieux physiques). Tout milieu physique est un fait global, mais il peut être par commodité, analysé comme un groupement de composantes, dont on peut ensuite étudier les interactions. Un ensemble de volumes saillants forme le relief, défini par un agencement de pentes. La surface de ces volumes saillants présente des aspects de détail différents, qui donnent le modelé.[...] Le milieu physique est ensuite défini par l'état de l'atmosphère qui enveloppe les reliefs: température, humidité et agitation de l'air, présence ou non de nuages et de précipitations. Selon la définition de M.Sorre, "la série des états de l'atmosphère au dessus d'un lieu dans leur succession habituelle" constitue le climat de ce lieu. Les volumes saillants sont le plus souvent recouverts d'une pellicule superficielle peu épaisse qui est le sol. Celui-ci apparaît comme une combinaison de matière minérale qui résulte d'une altération de la roche mère sous-jacente et de matière organique.[...] Ces éléments du milieu physique réagissent les uns sur les autres. Ils constituent des systèmes (" système "). Le relief et le climat sont dans une position assez particulière, puisqu'ils apparaissent comme plus déterminants pour les autres éléments du milieu physique que déterminés par eux.[...] Les réactions relativement rapides du couvert végétal à toutes les évolutions du milieu font que celui-ci est profondément modifié par les actions humaines. La notion de milieu physique traduit la possibilité d'un équilibre mobile entre les forces de la nature, notamment celles qui mettent en place les grandes unités climatiques et les reliefs. Ces équilibres mobiles évoluent dans le temps selon des " échelles " de durée très différentes.

" François Durand Dastès " et " Olivier Dollfus " Géographie universelle, tome 1,1990

 

Network

Réseau* limité par une frontière*.

Noyau européen

[ La première Europe, dont l'espace, proche de celui de l'empire carolingien (Europe occidens) effectue à la fin du Moyen Age, sa bifurcation* avec le reste du monde.]

Pays

Territoire* limité par une frontière*.

Région

Dès que l'on conçoit l'espace (" espace géographique ") non plus comme une juxtaposition d'aires plus ou moins étendues, mais comme le champ d'action de flux de tous ordres, quantité de structures possibles se présentent à l'esprit. On peut prendre en considération successivement les forces les plus diverses: polarisation créée par une industrie motrice autour de laquelle gravitent des satellites; puissance d'attraction migratoire d'un centre urbain; liens créés par des relations commerciales qui s'expriment en termes de marché d'un produit.[...] Ces forces intéressent le géographe dans la mesure où elles se combinent pour se traduire dans une certaine " organisation de l'espace ". Or l'analyse montre qu'elles se nouent en certains centres, qui sont des foyers d'impulsion et qui modèlent une structure spatiale mouvante, mais saisissable à un moment donné. [...] Ainsi fondé sur la vie de relations, l'espace fonctionnel s'exprime moins par des limites que par son centre et par les réseaux de tous ordres qui en émanent. L'analyse régionale ne s'appuie plus sur la découverte d'espaces uniformes, mais sur l'étude de la hiérarchie des centres, de la densité et de l'intensité des flux.[....] Nous proposons de dire: la région n'est généralement pas un État; mais elle est dotée d'une certaine autosuffisance, nullement dans le sens d'une autarcie économique, mais dans la mesure où la plupart des fonctions et services les plus importants y sont représentés, de sorte que la région est capable de satisfaire la plupart des besoins de ses habitants, sa métropole possédant un pouvoir d'impulsion et de décision, et le recours à l'échelon le plus élevé ne concernant que des domaines exceptionnels ou très spécialisés.

" Etienne Juillard ", La région, essai de définition (Annales de géographie, 1962) corrélats: " région culture ", " structuration de l'espace "

Région système

La "région " est un système ouvert (" système "); elle entretient des relations d'entrées et de sorties avec l'environnement, c'est à dire l'ensemble des facteurs fonctionnels et des facteurs spatiaux qui exercent une action sur la région, ou qui sont soumis à son influence.[...] Ces relations entre l'environnement et la région sont de nature matérielle, comme un flux de marchandise, de nature énergétique, et de nature informative. Toute relation peut toujours être représentée sous une de ces trois formes. Le géographe dispose donc de "modèles " théoriques, élaborés dans les sciences connexes, plus spécialement en physique, pour comprendre l'organisation de ces interactions.[...] Tout système, y compris la région, peut être décomposé en sous systèmes interdépendants. Si les sous systèmes sont indépendants, le principe d'unité ne l'emporte pas, et la région n'existe donc pas; l'espace étudié est alors un simple agrégat. Ainsi, dans le Massif Central de nombreux espaces très différenciés ne forment pas un système, bien qu'ils soient contigus; le concept de région s'y applique donc très mal. De même, dans les pays sous développés, cohabitent très souvent des espaces néocoloniaux et des espaces traditionnels qui constituent aussi un agrégat.

" André Dauphiné ". Espace, Région, Système; 1979.

Réseau

(adj. : réticulaire). Famille de métrique* à dominante topologique : les distances* y sont discontinues et lacunaires. Les seules distances mesurables sont celles des arêtes, qui séparent et relient les n¦uds (ou sommet). Les autres points ne peuvent pas posséder des attributs de la distance au sein de l'espace* concerné.

Rétroaction

Dans un système*, action de l'effet sur la cause. Dans le cas d'une rétroaction positive, l'effet renforce la cause ; dans le cas d'une rétroaction négative, l'effet affaiblit la cause.

Rhizome

Réseau* limité par des confins*.

Social

(adj. : social). Toute réalité en rapport avec les hommes en tant qu'ils vivent en société*.

Société

(adj. : sociétal). Système* associant un certain nombre de réalités, et notamment d'opérateurs, selon différentes relations interactives. Dans les sociétés contemporaines, on peut identifier notamment : l'économique, le sociologique, le politique, et temporel et le spatial. On appellera plus spécialement Gesellschaft un type de société qui n'est pas organisé sur une base communautaire* et où les individus-acteurs* sont les opérateurs fondamentaux. La présence de la dimension politique impose aux sociétés un "style" spatial à forte composante territoriale*.

Substance

Ensemble des caractéristiques non spatiales* des réalités sociales*. Dans la vision dimensionnelle, leibnizienne de l'espace, substance et spatialité sont fondamentalement indissociables : il n'est pas possible d'étudier la dimension spatiale de la société en se désintéressant de leur substance. Inversement, il n'est pas possible de traiter d'une réalité sans prendre en compte sa dimension spatiale.

Système

(adj. : systémique). Ensemble d'éléments et de relations entre des éléments, tel qu'il est possible de repérer une logique commune de fonctionnement et de dynamique qui ne se réduit pas à l'addition des logiques de chacun des éléments. Dans les sociétés*, les systèmes, et notamment les systèmes spatiaux*, n'ont de sens que s'ils intègrent trois caractéristiques : la présence d'acteurs* ou d'autres opérateurs actifs, au titre d'éléments ; la forte contribution de la société prise comme un tout comme système de référence (totalité sociale) quel que soit le phénomène social* étudié ; l'existence de dynamiques à effets largement irréversibles et partiellement cumulatifs (historicité).

 

 

Structuration de l'espace

Les sociétés restent rarement isolées dans leurs espaces: tôt ou tard selon leur degré de repliement culturel ou géographique, elles entrent en contact les unes avec les autres. De la rencontre de leurs différences naissent des relations interactives qui sont à l'origine du mouvement, de l'évolution vers des formes d'organisation socio-spatiale plus complexes: les unités homogènes se constituent en un tout hétérogène.[...] Les " processus " de structuration de l'espace se déploient quand l'essor du capitalisme industriel pose le problème des débouchés.[...] La structuration des espaces géographiques se heurte à deux tendances contradictoires mais non exclusives l'une de l'autre: le besoin de l'unité socio-spatiale de s'affirmer dans son individualité et la nécessité ressentie du contact avec l'autre. La force d'attraction l'emporte: elle se manifeste dans l'édification d'une série d'intégrations qui font à chaque niveau émerger des propriétés nouvelles au cours de l'évolution. L'intégration est donc une exigence: elle déclenche de nécessaires adaptations de l'appareil socio-spatial: des voies de communication sont construites pour relier les parties en un tout; la production, longtemps contenue dans les limites de la consommation locale, peut se développer à la demande de marchés plus vastes....L'intégration se poursuit inexorablement; elle est réalisée quand la pression du marché contraint l'espace socio-géographique à se spécialiser dans la fonction économique qui lui est assignée par son appartenance à l'ensemble.[...] La spécialisation n'est pas sans avantages: elle libère l'espace de la contrainte d'avoir tout à produire. Cette division spatiale de la production resserre la cohésion entre les parties et favorise l'émergence dans l'ensemble de propriétés nouvelles qui le rendent plus performant. Cependant les inconvénients sont tout aussi évidents.[...]. Ainsi s'établit une hiérarchisation en niveaux successifs d'espaces, fondés sur l'interdépendance et l'interaction jusqu'au sommet où domine le pouvoir de décision. Associant les parties en pyramide ou en couple " centre périphérie ", dans un système de rapports dialectiques, cette hiérarchisation, stade suprême de l'intégration et de la spécialisation, est le principe fondamental de la structuration des espaces géographiques en un même ensemble conceptuel.

" Hildebert Isnard ". Problématiques de la géographie, 1981

corrélats: " territoire ", " espace géographique ", " espace social ", " localisation "

Le " paysage " est la pellicule de la réalité géographique, la partie émergée de l'iceberg. L'organisation de l'espace (" organisation de l'espace ") s'imprime à la surface de la terre comme sur un papier photographique. C'est, autrement dit, ce qui est perceptible par les sens, tous les sens et pas seulement la vue, qui garde toutefois, une place prééminente. [...] Exprimant les besoins matériels des hommes au travers de leurs techniques plus ou moins efficaces à transformer la nature, le paysage reflète aussi leur culture (au sens d'instruction, savoir et au sens d'imagination), c'est à dire faculté de se représenter (" représentation ") un objet dans l'esprit. Le paysage est un signe plein de tous les besoins humains: se nourrir, consommer d'autres biens et services, posséder et exprimer une certaine conception de la justice sociale, se défendre, se réunir, s'associer, communier à certaines valeurs cosmologiques ou religieuses. [...] Le paysage est une réalité culturelle car il est non seulement le résultat du labeur humain, mais aussi objet d'observation, voire de consommation. La culture joue ici le rôle d'un filtre variable d'un individu à l'autre, d'un groupe social à l'autre. Ce phénomène de ricochet est capital dans les paysages touristiques qui sont avidement regardés, mais aussi profondément aménagés pour être mieux regardés. Pour résumer, le paysage est donc l'expression observable par les sens à la surface de la terre de la " combinaison " entre la nature, les techniques et la culture des hommes. Il est essentiellement changeant et ne peut être appréhendé que dans sa dynamique, c'est à dire dans le cadre de l'histoire qui lui restitue sa quatrième dimension.

" Jean Robert Pitte " ; Histoire du paysage français,1983

Système

De la production de l'espace au système spatial Comme tous les scientifiques, le géographe est, dans sa recherche, confronté quotidiennement à la complexité. Or, si on peut diviser la complication et la réduire à une collection d'objets simples que l'on puisse aisément appréhender, on ne peut pas diviser la complexité sous peine de la perdre.[...] Confrontés au problème des organisations spatiales complexes (" organisation de l'espace "), les géographes se sont aperçus qu'on avait beau diviser les espaces étudiés en autant de petits espaces, ils se retrouvaient, à chaque niveau de désagrégation; à chaque échelle d'étude, devant des espaces tout aussi complexes. L'espace des géographes (" espace géographique ") est donc un espace dont les composantes sociales et physiques sont indissolublement liées, vues dans un même système dont l'étude scientifique n'est possible qu'à travers celle des sociétés qui le désignent, lui donne sa spécificité et son sens. Un système selon J.de Rosnay est un ensemble d'éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d'un but. Les principaux concepts qui font du système un construit scientifique, et donc pour le géographe une représentation de l'espace, sont: la finalité, la dynamique, l'auto-organisation, la mémoire. La société organise l'espace qu'elle produit - son territoire - en fonction de finalités qui sont celles de cette société, et d'abord la survie et la reproduction; cette survie et cette reproduction ne peuvent être assurées que dans un système en équilibre, et l'équilibre d'un système est lui-même assuré par des boucles de rétroaction négatives, c'est à dire des régulations.[...] Lorsqu'on est muni de ces concepts que sont la production de l'espace et le système spatial, on adopte une nouvelle manière de comprendre l'interface entre les sociétés et les conditions naturelles " milieu physique "; elles fonctionnent dans le même système: le problème ne se pose plus de savoir si la nature détermine les sociétés; logiques physiques et sociales se retrouvent dans les mêmes causalités circulaires (" interaction spatiale ").

" Henri Chamussy "; in Espaces, jeux et enjeux (1986) corrélat: " région système ", " géosystème ", " analyse spatiale "

Territoire

Un territoire est un état de nature au sens où Moscovici définit cette notion; il renvoie à un travail humain qui s'est exercé sur une portion d'espace qui, elle, ne renvoie pas à un travail humain, mais à une combinaison complexe de forces et d'actions mécaniques, physiques, chimiques, organiques, etc. Le territoire est une réordination de l'espace dont l'ordre est à chercher dans les systèmes informationnels dont dispose l'homme en tant qu'il appartient à une culture. Le territoire peut être considéré comme de l'espace informé par la sémiosphère (sémiosphère = ensemble des signes; tous les mécanismes de traduction, qui sont employés dans les rapports avec l'extérieur, appartiennent à la structure de la sémiosphère) [...] Les arrangements territoriaux constituent une sémiotisation de l'espace, espace progressivement "traduit" et transformé en territoire.[...] Les mailles, les noeuds et les réseaux (" réseau ") sont des invariants en ce sens que toutes les sociétés, depuis la préhistoire jusqu'à nos jours, les ont mobilisés dans leurs pratiques et leurs connaissances, mais à des degrés divers et avec des morphologies variables. avec les civilisations contemporaines, c'est le troisième invariant qui est privilégié: le " réseau ". Aujourd'hui, l'écogénèse territoriale réside dans la maîtrise des réseaux de circulation, de communication et de télécommunication. L'information est, avec l'énergie, la ressource essentielle qui transite dans des réseaux de plus en plus complexes. C'est la théorie de la communication qui commande à l'heure actuelle l'écigénèse territoriale et le " processus "de territorialisation-déterritorialisation-reterritorialisation. [...] (Pour les pays développés, jusqu'au XXème siècle), la territorialité était encore fortement marquée par des relations qui faisaient une large part aux lieux (" lieu ") en tant que source d'identité. Il y avait une cohérence entre territoire et territorialité parce qu'il y avait une cohérence entre l'action d'une société et la sémiosphère à laquelle elle se référait. Cette relative unité a volé en éclats et le processus de territorialisation-déterritorialisation-reterritorialisation n'est plus régulé de l'intérieur mais de l'extérieur. " Claude Raffestin "; in Espaces, jeux et enjeux,1986

Territoire

Familles de métriques* à dominante topographique : les distances* y sont continues et exhaustives, qu'elles soient ou non uniformes (territoires euclidiens ou non euclidiens). Entre deux points quelconques, il est toujours possible de trouver un troisième, situé à une distance mesurable des deux autres.

Tropicalité

Dans le contexte colonial, la géographie tropicale répondait à la découverte par les Européens d'un milieu naturel (" milieu physique ") spécifique, auquel leurs techniques de mise en valeur n'étaient pas adaptées et au besoin de les maîtriser pour s'en servir au mieux de leurs intérêts. Elle correspondait aussi à la découverte de techniques d'utilisation du milieu qu'ils ne connaissaient pas bien ou qui avaient été abandonnées (essartage, riziculture irriguée, techniques agro-pastorales...) et qu'il leur fallait comprendre pour exploiter ces territoires. Après les indépendances, la science restant encore largement occidentale et contrôlée, animée par des Occidentaux dans les pays en développement, ces connaissances ont continué à se développer selon le même schéma. [...] Les options épistémologiques de cette géographie humaine ne facilitent pas une véritable ouverture sur le champ des sciences sociales. En effet, le choix du " paysage "- structure de la géographie classique comme objet de recherche privilégie l'étude des rapports " relation homme milieu " sur celle des relations entre les lieux à l'intérieur d'un espace. La notion de géographie tropicale est le produit de cette vision. Le concept-clé de " civilisation ", défini par deux ensembles de techniques, maintient la géographie hors de la problématique des sciences sociales. En refusant un effort de modélisation et de théorisation, si prudent soit-il, sans lequel il n'y a pas de connaissance véritablement scientifique, cette géographie se tient à l'écart du courant général de l'évolution des sciences sociales depuis une trentaine d'années. [...] Le choix du concept de civilisation et la référence aux seules techniques comme principe d'explication ont un contenu idéologique: grandes " échelles " de situations locales et échelle continentale ou planétaire sont privilégiées aux dépens des échelles intermédiaires, celles des États en particulier, ce qui permet d'évacuer la dimension politique des faits géographiques.[...] La sagesse à laquelle mène dans le meilleur des cas, ce savoir humaniste ne peut déboucher que sur des recommandations d'ordre moral ou technique, faute d'une analyse politique qui est refusée d'emblée mais qui s'avère pourtant être un préalable à toute philosophie du développement pour ouvrir le véritable débat sur la pluralité des avenirs possibles pour les sociétés du Tiers Monde et sur les modèles d'organisation qui les mettent en oeuvre. Les mérites de la géographie tropicale ne sont pas à sous-estimer. Elle a été une étape nécessaire de la connaissance géographique. Elle a permis de prendre conscience de la spécificité des milieux naturels et d'aider à surmonter les obstacles qu'ils constituaient au départ pour l'aménagement. Elle a aidé à relativiser l'influence de ces conditions naturelles sur l' " £££organisation de l'espace " par les sociétés du Tiers Monde. La géographie tropicale n'a plus de raison d'être autonome par rapport à la géographie humaine en général.

Existe-t-il une géographie humaine tropicale? " Michel Bruneau " et " Georges Courade "; L'espace géographique, XIII,1984 corrélats: " territoire ", " critique "," géopolitique "

Typologie

Une classification géographique recherche généralement la variation d'une combinaison de critères dans un ensemble de lieux (" lieu ") spatialement ordonné. Les critères spatialement différenciés (à une échelle) s'opposent à des critères neutres, sans zonation marquée, invariants spatiaux à cette échelle (" échelles "). On ajoutera que les critères doivent être différenciés de façon différente. S'ils révélaient tous la même organisation spatiale, ils seraient géographiquement redondants et un seul suffirait.[...] La classification est une pratique quotidienne qui différencie; caractérise , identifie, simplifie. Classer en sous-ensembles les unités d'un même ensemble implique qu'il existe entre eux une relation, simple ou non. La plus évidente est la comparabilité. Parmi les autres relations que l'on peut rencontrer en géographie, cinq paraissent importantes: ressemblance, fonctionnalité, parenté, voisinage spatial, voisinage temporel.[...] Transposées en cartes, les typologies géographiques peuvent prendre diverses formes. Formes d'ensemble: ou bien les classes sont spatialement éclatées, faites chacune d'éléments non contigus, ou bien la carte révèle, moyennant lissage, une organisation simple en blocs spatiaux distincts. Formes de détail; entre aires, zones (" zonalité "), régions (" région "), les configurations rencontrées peuvent être de quatre types: le pavage (le domaine étudié est partagé en blocs jointifs), le pavage avec espace intersticiel, le chevauchement de sous-ensembles (un élément peut appartenir à plus d'une partie de l'ensemble), inclusion des parties les unes dans les autres (cette forme traduit une organisation plus ou moins auréolaire). Enfin, il faut non seulement caractériser et cartographier mais aussi identifier et nommer. Chaque type, chaque bloc, chaque association spatiale doit se différencier des autres par un nom (symbolisant son contenu, sa " localisation ".....)

" Pierre Dumolard ", L'espace différencié, 1981 corrélats: " organisation de l'espace "

Ville

Géotype* de substance sociétale* fondé sur la coprésence (constitution d'un lieu*) d'un maximum de réalités sociales*. Objet par essence géographique*, la ville se caractérise par une complexité spatiale* liée à la conjonction de la densité et de la diversité.

Zonalité

Qu'est ce qu'une zone? -Une portion de l'espace terrestre définie par la latitude et présentant des caractères d'homogénéité autour de la terre. Ce sont les zones équatoriale, tropicale, désertique, méditerranéenne (subtropicale), tempérée, polaire. Pourtant , de l'équateur au pôle, les paysages zonaux ne s'accordent à la latitude que sur la face ouest de l'Ancien Monde. Une fois sur cinq! La validité du modèle (" modèles ") est faible. Cela ne signifie pas qu'il soit faux ou fantaisiste mais au moins inadapté à la dimension des phénomènes qu'il doit expliquer puisque quatre fois sur cinq des éléments azonaux - des chaînes de montagnes de dimension planétaire, des mers "méditerranées", des déviations de vent - sont plus explicatifs des paysages (" paysage "). Leur appréhension à l'échelle des domaines serait alors plus valide mais perdrait le caractère de modèle.[...] L'humanité (le caractère humain) s'ouvre par la culture qui s'exprime à la fois par la sociabilité (relation entre les hommes, y compris les ancêtres) et dans la géographicité (relation entre les sociétés et les choses de la terre, localisées et signifiées. Or le modèle anthropologique de l'homme joint au modèle géographique zonal conduit à la confusion du milieu (" milieu géographique ") et du monde. Si la formalisation zonale ordinale répond bien à son objectif, son expansion explicative déterministe (" déterminisme ") ne peut pas fonctionner car elle répond à l'envers à la question posée. Cette question est: " Comment les hommes organisés en sociétés maîtrisent-ils l'espace terrestre pour produire et éventuellement étendre un cadre de vie (un milieu), pour parfois résister à des transformations de la nature. Autrement dit, nous ne nous demandons pas quelles sont les "données" physiques qui expliquent les formes de la présence humaine sur la terre, mais comment et pourquoi les sociétés intègrent-elles et lèvent-elles les " contraintes " qui s'imposent pour marquer l'espace terrestre de leurs signes. Ce qui importe, c'est bien le monde, c'est à dire pour nous son expression en espace géographique, plutôt que le milieu.

" Denis Retaillé ", Les modèles implicites dans l'enseignement de la Géographie; L'information géographique, 1988.

corrélats: " tropicalité ", " civilisation "

 

Sources :

* Définitions proposées par Bernard Ellisalde

** Définitions rassemblées par Eric René Dagorn issues de

« Jacques Lévy, Le tournant géographique. Penser l'espace pour lire le monde, Paris : Belin, 1999, p. 394-398. » NB. Les définitions placées entre crochets [...] sont extraites du glossaire de Jacques Lévy, Europe. Une géographie, Paris : Hachette, 2de éd. 1998.

 

Mise en forme par Pascal FRANCOIS

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